
31/10/2009
Les critiques [evene] par Faustine Amoré
Les ravages des non-dits et des secrets de famille, Caroline Pascal les connaît bien. Elle en a même fait le sujet principal de ses deux premiers romans. Ce qu'elle affectionne
tout particulièrement : la névrose bourgeoise, la frustration d'une classe qui, ne sachant plus contre quoi (contre qui ?) lutter, a rendu les armes. Avec ce troisième roman, prenant une nouvelle
fois pour cadre et pour emblème la ville de Versailles, elle s'attache à gratter le vernis d'un couple en apparence modèle. Son fonctionnement s’avère exemplaire jusque dans l'adultère du mari et
dans la réaction de l’épouse, laquelle, présentée en quatre étapes, constitue les grandes parties du livre (hésitations, humiliations, hostilités et enfin hardiesse).
Comment ne pas penser à 'La Femme rompue' de Simone de Beauvoir ? L’illustre romancière y mettait en scène une Parisienne de quarante-quatre ans souffrant de l'infidélité de son mari au point de
donner son consentement par espoir d'un retour. La référence fait au moins force pendant les deux premières parties de l'ouvrage. Car à mesure que le rythme trouve son souffle, l'auteur se
déleste d’un style ampoulé et pseudo-romantique pour emprunter une voix orale et acérée, écho à la colère d'une femme trompée toute sa vie sur ce qu'elle voulait - et valait - vraiment. Même la
marque de la négation est parfois occultée, symbole d’un optimisme retrouvé et grandissant. Si rebondissements et chute n'ont rien de vraiment surprenant, Caroline Pascal insuffle à son roman une
véritable originalité en alternant messages échangés entre époux, voix omnisciente et récit traditionnel dialogué. L'incipit d'Anna Karénine l'attestait déjà : “Les familles heureuses se
ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à sa façon.” De sa plume audacieuse et enlevée, Caroline Pascal prouve surtout qu'elles ont un véritable potentiel
littéraire.
Source: Evene.fr

Liens utiles:

